Le business de l’inégalité

« Il y a autant de différence entre les savants et les ignorants
qu’entre les vivants et les morts »
Aristote


J’habite un tout petit village en pleine Provence. Il est perché, à prés de 3 kilomètres de la route départementale. Son pittoresque et son charme avaient séduit Henri Cartier Bresson, Jean Giono et ses amis artistes dont les familles résident toujours en ces lieux.

L’endroit serait paradisiaque sans une mauvaise pagnolade qui finit par opposer les autochtones et les arrivants néo ruraux (« L’estranger »). Ceux qui prétendent « être sur la terre de leurs ancêtres » veulent pouvoir continuer à administrer ce morceau de France et d’Europe à leur manière.

Leur manière de vivre et de concevoir (respectable) se cramponne à une réminiscence nostalgique d’un passé que le temps grignote. Tout change, de plus en plus rapidement. L’actualité médiatique nous sert les débats sur les problèmes péri urbains et la désertification rurale. Comme l’immigration, la vie à la campagne déclenche une contradiction chronophage, inculte et stérile.

Les écarts se creusent entre les acteurs d’une activité conservatrice et diminuante (3,5% du PIB), politiquement sur-aidée (PAC), égarée dans l’économie de marché globale, et les créateurs de richesse, plutôt urbains, confrontés à la compétition de l’offre et de la demande. Ces derniers veulent être libres et concurrentiels, pour exprimer leur esprit d’innovation et d’imagination sur le grand marché des nations. Hors le régalien, ils supportent mal l’interventionnisme d’état et pensent même que le social des actifs dépend de leurs entreprises (emplois, pouvoir d’achat).

Dans ce décor réaliste et visible, on  constate la difficulté à se  comprendre entre  « statiques » et  « nomades » de la vie moderne …Entre la flânerie pastorale et le rendement stakhanoviste, le philanthropisme joue de sa vertu combinatoire.
Seul, le civisme (dévouement envers la collectivité) peut permettre une rencontre profitable pour tous.

L’intérêt général tient forcément compte des projections à long terme et d’une humanité en mouvement, en particulier dans le cas de l’orientation urbanistique de notre village provençal.

Les Safer, vieilles de 60 ans, sont devenues partisanes dans ce monde semi rural qui gère mal les transformations socioéconomiques. Les collusions corporatistes et familiales statufient notre modèle rural. Les missions d’aménagement des territoires ne semblent pas tenir compte de l’évolution sociologique et culturelle (réhabilitation de l’habitat ancien, hébergement touristique).
Les départements ruraux sont devenus des départements touristiques et résidentiels. Pourquoi s’obstiner à refuser la venue à ceux qui font vivre les populations locales ?  Faut-il aussi laisser partir à l’étranger une population consommatrice, attirée par notre ruralité ???? LIRE LE DOCUMENT

Animées par des idées nationalistes et régionalistes, ces confrontations claniques satisfont des frustrations par la mise au pilori des « inégalités ».  Le sens injustice est toujours donné à cette revendication, alors que l’analyse sémantique indique plus simplement qu’il s’agit de « différence ».
Est-ce « inégal » ou injuste de percevoir un salaire de 25 000 euros par mois en tant que pilote d’un Airbus A380 de 850 passagers, contre un salaire de 1200 euros pour tout emploi de simple exécution répétitive, sans responsabilité ?   Sans oublier que l’impôt réduit la… « différence ».

Comment ne pas être scandalisé par le tweet de Manon Aubry qui fustige « la fortune » de Bernard Arnault. Qu’elle se demande si elle est capable de créer un groupe de 160 000 salariés très bien payés, de rentrer des milliards de devises pour le pays,  d’avoir une activité physique et intellectuelle aussi intense à travers la planète. Sait-elle que cette fortune n’est pas dans un coffre ou une banque?

« Quand le monde change rapidement, quand les repères disparaissent pour être remplacés par d’autres, il est assez normal que des théories absurdes et souvent apocalyptiques apparaissent, alors que s’expriment plus fortement que d’habitude les peurs de ceux qui peinent à comprendre ce qui est en train de se produire » Olivier Maurice.
« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » Karl Marx.

Puissent les myopes de l’évidence, subjugués par des idées manipulatoires, comprendre le court terme du rafistolage social qui anesthésie la capabilité, ainsi que la volonté et le courage (Aboulie).
Le prix Nobel Amartya Sen a écrit récemment : « Le principe solidaire constitutionnel du droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence doit évoluer vers un droit d’obtenir de la collectivité la capacité d’assurer son développement personnel selon ses choix et ses aspirations »

Que les autorités territoriales et juridiques, qui liront jusqu’ici, comprennent qu’il n’est pas de l’intérêt général de soutenir, ou de faire soutenir par d’autres, l’existence matérielle de personnes capables de subvenir à leurs besoins essentiels par leur propre travail.
Que ces responsables politiques et judiciaires sachent que les citoyens ne sont plus dupes de ces accommodements faussement humanistes, qui laissent entrevoir un business électoraliste indécent.

D’une part, la Cour des comptes s’inquiète fortement du manque suffisant d’économies dans la sphère publique, d’autre part, le premier ministre a pris en charge la réduction drastique des « comités Théodule ».  Ces comités ou associations où l’argent public ne sert que l’intérêt particulier.

 

En matière de divorce contentieux, les réactions et les effets  sont les mêmes. La Justice s’obstine à faire payer des « inégalités » (disparité) à ceux qui gagnent plus que d’autres.  Quelle logique ??

Quant à évoquer le rôle temporaire de mère, diminuant une capacité à s’assumer, il faut s’interroger sur son fondement sociétal. Constitutionnellement, c’est l’Etat qui doit assister ces mères divorcées.

Pour terminer, une note optimiste venant d’un juge qui a rejeté récemment une demande de prestation compensatoire de 120 000 euros. « …l’objet de la prestation compensatoire ne saurait être de niveler les états de fortune qui peuvent être antérieurs au mariage, de constituer des rentes de situation ou de remédier aux conséquences du choix d’un régime matrimonial….le seul écart de revenus ne saurait justifier l’octroi d’une prestation compensatoire » Jugement JAF Mai 2018

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