Lettre ouverte à Stanislas Guerini : « nous ne cèderons pas à la terreur ».

A l’attention de Monsieur Stanislas Guerini

Je suis membre de « En Marche » depuis le début. J’ai bien sûr voté pour le Président, je connais Christophe Castaner qui était Maire de Forcalquier où mes parents ont vécu pendant plus de 30 ans. Je soutiens toujours notre Président, mais ne suis pas étonné du flou actuel qui ne lui permettra pas de continuer aisément à imposer les réformes.

Votre « positionnement » n’est pas populaire (je suis un spécialiste marketing). J’ai rencontré les mêmes profils que notre Président dans de très grandes entreprises internationales (CAC 40). Mais un pays n’est pas tout à fait comme une entreprise, la « verticalité » a ses limites. La stratégie a été assez claire au début, les réformes habilement menées, l’aura à l’international a rendu sa fierté à notre pays. Mais trop d’assurance et de confiance en soi ne plaisent pas à tout le monde. La France est un pays de frustrés, de jaloux et de râleurs, ce pays est toujours dans la lutte des classes ! La majorité démocratique, ignorante et complexée, dans ce monde scientiste et hyper évolutif, veut imposer ses fantasmes démagogiques à la minorité des « adaptés ». Elle est aidée en cela par une opposition qui n’a pas forcément l’ambition de gouverner, mais simplement d’exister par…. les subventions d’état, c’est-à-dire nous les contribuables. On paie pour que l’on nous fasse mal !! C’est valable pour les syndicats et la presse subventionnés. Le libéralisme c’est surtout la LIBERTÉ de chacun d’être ou de se rendre autonome.

Permettez-moi de vous dire que vous manquez de radicalité et d’autorité (Ségolène Royal a été meilleure que Jean-Michel Blanquer sur les lycéens à genoux). Vous croyez que la supériorité intellectuelle du pouvoir permet de guider les masses ; c’est du « management » à l’ancienne ! Même la pédagogie ne parvient plus à convaincre, la preuve dans les événements actuels.
Je crois, sans certitude absolue, que la société d’aujourd’hui a besoin de mimétisme, de « valeur d’exemple ». Les faibles ou les myopes de la réalité ne veulent pas qu’on rajoute à leur handicap, ils veulent le respect de leur humanité. Encore faut-il qu’on leur explique didactiquement pourquoi ils sont là où ils sont.

« …nous devons continuer à défendre nos valeurs », en disant cela, vous imposez VOS valeurs, mais êtes-vous sûrs que TOUS les français partagent ces valeurs sous-entendues ?  Beaucoup de Français veulent des actes (valeur d’exemple) ;  faites appliquer les lois, préoccupez-vous des causes plus que des conséquences. Obligez la justice à exercer en fonction des attentes du peuple et non dans un entre soi élitiste. La jeunesse de « notre » mouvement peut être un atout si elle se pose les bonnes questions dans l’humilité.

Comme beaucoup de démocraties européennes, notre pays est divisé culturellement et surtout intellectuellement (il faut appeler un chat, un chat !). C’est la faute de l’éducation nationale, qui depuis 1981 est un outil de propagande marxiste plutôt qu’un « futuroscope » qui expliquerait ludiquement comment fonctionne la planète sur le plan de la concurrence économique. Dans ce pays, peu de personnes savent comment fonctionne une entreprise, y compris nombre de députés et de journalistes. Comment voulez-vous que la majorité des français comprenne ce que veut faire le Président ?

Avant de réformer techniquement (chercher la croissance), il faut faire une démonstration « futuroscopique », donner un grand coup dans la fourmilière « back office » et effacer les signes ostensibles du pouvoir qui sont totalement désuets. A risquer une révolution, il valait mieux choisir celle-là !! Les pantouflards étatistes, les théoriciens hautains et les petits chefs maîtres d’écoles en seraient pour leurs frais, mais…çà plairait aux électeurs-contribuables. Faites vous une réputation de pragmatique cost-killer !

Supprimez le Sénat et son palais indigne, supprimez la moitié des députés, vendez l’Elysée, Matignon et toutes les demeures royales qui abritent ministères et conseils à la noix, stoppez les privilèges du pouvoir (les ouvreurs de portes à 4000 euros par mois) qui intoxiquent les réseaux sociaux et qui révoltent les français. Virez ces jeunes conseillers bardés de diplômes, qu’ils fassent leurs expériences dans l’entreprise, ils reviendront quand ils auront pris des coups et appris la Vie !

Humanisez la justice, rendez-la accessible (elle ne l’est pas), qu’elle abandonne ses oripeaux ridicules dans notre ère moderne, qu’elle officie dans des immeubles « normaux » en s’éloignant de son ambiance vaticane, qu’elle applique la loi, simplement, sans fioritures et sans dogmes. La magistrature et les avocats craignent la mécanisation des jugements (open data), ils préfèrent la justice de Saint Louis, la justice clanique syndicalisée, souveraine, dédaigneuse et sans responsabilité.

« La difficulté d’être un grand juge, à savoir un magistrat qui se méfie de ses apriori, de ses idées reçues, de ses partis pris, de l’opinion publique. La justice se fourvoie quand elle perd de vue ce pourquoi elle a été organisée : faire du Droit pas de la morale. La morale a souvent le visage des évidences trop faciles » Dupond-Moretti.

« Outreau » et « le mur des cons » n’ont pas encore suffit à socialiser un grand nombre de juges. Cette distanciation imprègne l’exécutif tout entier. Mon empirisme en la matière se lit dans mon site-blog : www.divorce-coaching.fr (mille visiteurs/jour).

Le législateur et les juges se sont emparés des mœurs. La loi veut modeler un sentiment profondément endogène : la conjugalité. Dans ce domaine je prétends que la loi n’est pas laïque (« indissolubilité du mariage », incontractualité du mariage civil), elle est même devenue sexiste et discriminatoire (Féminisation de la justice, Pacs, union libre, rente viagère).

Vous qui dominez l’Assemblée Nationale, vous savez que la loi est l’outil de la démocratie et le fondement de l’ordre public. La loi est le support de la stratégie gouvernementale, issue de la volonté du peuple. Instrumentalisez les juges, en les obligeant à s’écarter de l’égalitarisme qu’ils confondent avec « égalité », et de la compassion assistancielle qu’ils confondent avec « fraternité ». Que ces juges endoctrinés défendent LA LIBERTÉ, liberté qui implique surtout la responsabilité individuelle et la dignité de l’autonomie sociale.

La prestation compensatoire sous forme de rente viagère outrage les parlementaires depuis 2004. La révision légalisée de cette anomalie née de l’obstination des magistrats (interprétation de la loi Carbonnier de 1975 et perpétuation de la notion « alimentaire ») ne s’applique toujours pas malgré des jurisprudences de cassation et une précision de la loi en 2015.

« Le juge n’a pas à rechercher si les lois sont justes, il n’a qu’à les appliquer justement »  Anatole France

 La réforme de la justice prévoit la révision des « pensions alimentaires » SANS JUGE.  Faites-le pour les rentes viagères.

Monsieur Delevoye : l’OCDE préconise d’empêcher de toucher la réversion trop tôt afin de dissuader le conjoint survivant d’arrêter de travailler (c’est juste le contraire de l’application de la rente viagère). Cet organisme préconise aussi d’exclure les divorcés de la réversion.

En mécanisant cette révision (sans juges) vous rendrez justice à 50 000 retraités.  Ces anciens travailleurs, punis d’avoir été mariés, voient leurs revenus « taxés » en moyenne de 30%, pour une rente qui dure parfois depuis 20 ou 30 ans.

Que la solidarité nationale assume cette hérésie judiciaire en disqualifiant la disproportion de la peine et en lui reconnaissant « l’erreur fondamentale d’attribution ».

Cela sera supérieur à la suppression de la CSG pour les retraités

Solidairement et respectueusement,

Guy Benon

PS : copie de ce courriel est faite à Madame la Garde des Sceaux et Monsieur Jean-Paul Delevoye.

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