Les mystiques et les pragmatiques

Nous avons les candidats que nous méritons. Les composantes de notre société font son histoire et réciproquement. Le basculement révolutionnaire a érigé le contrepouvoir populaire, les deux grandes guerres ont façonné notre dépendance étatique sous couvert d’un patriotisme nationaliste et les années 50, 60 et 70 ont posé le redéploiement économique par le travail. Le schisme démocratique est venu des années 80 : le productivisme a ouvert les portes aux besoins sociaux, à la primauté de la demande sur l’offre – acquérir sans réfléchir à la genèse de ces « bienfaits ». Le bien-être sans l’effort pour le constituer, ou pire, acquis par le travail d’un autre.   … les mystiques.

Cette rupture avec le pragmatisme laborieux des baby-boomers va donner naissance au marketing politique, à l’électoralisme : « je vous dis ce que vous voulez entendre et je vous promets ce que vous attendez ». L’avènement syndical, les bobos, la plongée dans l’insouciance économique. L’utopie citoyenne nous conduit à un état cholestérolémique, l’AVC est proche…

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En même temps, le volume des connaissances connaît un développement exponentiel (les biosciences, l’espace, la communication planétaire, les gafa, le big data…). Cette rapide évolution va creuser les écarts entre les curieux-actifs et les autistes-conscients, elle va modifier les mœurs et les rapports humains. La sensation temporelle n’est pas la même pour tous et les différences naturelles vont s’exacerber dans un environnement complexifié. On ne comprend pas le salaire d’un patron, parce qu’on ne devine pas qu’il est plus difficile d’en trouver un (il doit être polyglotte, polyculturel, mobile planétairement, empli des meilleures connaissances managériales, stratégiques, politiques et organisationnelles) qu’un cadre moyen ou qu’un employé de maintenance. le caviar est plus cher que l’œuf de poule, la rareté explique la différence. L’ordre de grandeur de l’écart n’a aucune incidence sur la collectivité.  Les pragmatiques comprennent.

Dans la démocratie, c’est la justice qui est chargée de réguler la recherche de ce bien-être social et cet ordre public.

edito cadre 02 Elle court à perdre haleine derrière les nouvelles normes civilisationnelles. Faite de femmes et d’hommes, elle réfute ses défauts humains, tout en justifiant sa subjectivité arbitraire par un pouvoir souverain datant de Saint Louis. En se voulant fièrement indépendante, ne s’isole t-elle pas de la société ?

N’est-elle pas à la dérive des courants ?  Etrange paradoxe entre cet évitement tutélaire de non élus qui doivent appliquer des lois faites par des élus du peuple. Nous ne montrons pas du doigt ces fonctionnaires particuliers,  ils participent à l’œuvre collective. « Les systèmes sont plus forts que les hommes« . Le système judiciaire entraîne ses acteurs dans l’obsolescence de ses palais couteux et dans le formalisme ringard de ses oripeaux et de son jargon vintage. Le dress code est à la mesure de la paperasse poussiéreuse et du temps qui ne compte pas.

La stupéfaction est  dans ces contrastes nés du monde des start-ups nouvelles technologies, de leurs dirigeants trentenaires anticonformistes, des salles de marchés effaceuses de fuseaux horaires. Ces contrastes se mesurent aussi  dans le traitement judiciaire du secret de l’intimité et de la libéralisation des mœurs. La réforme judiciaire et « la justice du XXI e siècle » doivent avant tout concerner une nouvelle mentalisation.

La gestion juridique des mœurs doit être pour quelque chose dans l’effondrement du mariage civil (415 000 en 1972, 200 000 de moins en 2012) et la multiplication par 3 des divorces. Entre la diminution de l’un et l’augmentation de l’autre, corolaire du premier, on mesure toute la force de l’événement sociétal. Le divorce judiciaire produit le même effet que le CDI sur l’emploi. Les entreprises sont rétives à embaucher en contrat à durée indéterminée qui implique un licenciement compliqué et couteux.

L’enjeu financier et aléatoire qu’est devenu ce divorce inquisitoire a placé le couple dans un sentiment d’union à risques.  Ce d’autant qu’il existe une asymétrie contractuelle entre d’une part un mariage qui répond à une unilatéralité catholico-étatique et  d’autre part une procédure de divorce qui sanctionne une conséquence ignorée lors des « consentements ».

edito cadre 03 Cette sanction fait perdurer une conjugalité financière. La loi prône la bigamie, et éternise un patriarcat révolu. C’est constitutionnellement à l’état de prendre en charge le citoyen dont les moyens sont devenus insuffisants après le divorce. Il le fait bien lors d’un licenciement économique.

C’est la responsabilité des divorcés de retrouver leur autonomie sociale, comme dans le clean break anglo-saxon. La prestation compensatoire c’est comme le système fiscal de redistribution des revenus, c’est totalement has been par rapport à un monde qui se libère et s’émancipe. Les grands espaces socialo communistes du monde ont laissé la place au libre échange et au libéralisme. Les pays émergents bousculent le commerce international et font reculer la pauvreté, ils stimulent les pays riches contraints d’être à la pointe de l’innovation (scientifique et sociale).

La France a un modèle social qui correspond aux années 60-70. Elle doit rapidement revenir au plein emploi en devenant compétitive par rapport au reste du monde. Tous les français doivent travailler et vivre de leur travail. Les minima sociaux doivent être réservés à ceux qui justifient d’une impossibilité de travailler (médicale, familiale, tutélaire etc..).

L’état est responsable de l’adéquation formation-employabilité. Tout le monde doit payer l’impôt, c’est une question de dignité et de cohésion patriotique. Le divorce doit devenir l’affaire des conjoints. Il est opposable à un mariage unique (stop pacs) matérialisé par un vrai contrat fixé par les parties. Ce contrat renferme une clause de rupture qui stipule un plan moyen terme pour remettre chacun dans une autonomie sociale. edito cadre 04

La justice doit faire respecter ce contrat comme elle le fait pour tout autre contrat.

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