AVRIL 2017 : valeur constitutionnelle

Quand on vieillit, on s’aperçoit que l’Amitié est aussi précieuse que la santé. Gérard fait partie de ces amis, peu nombreux, avec qui l’échange émotionnel, aussi pudique qu’il soit, reste accroché aux tripes.

Je l’ai rencontré pour la première fois à un dîner, en 2001, il était accompagné de sa femme et de son fils, très beau, de 13 ans environ.

Cette soirée chaleureuse, au cœur de l’été, est gravée dans ma mémoire.

J’ai revu Gérard souvent ; bien que grand cadre d’une banque monégasque, il avait décidé de se replier en haute Provence et de restaurer des vieilles bâtisses pour les revendre. Nous déjeunions ensemble prés de ses chantiers ; couvert de mortier ou de plâtre, il était heureux.

Puis le drame, je crois en 2005, son fils meurt dans un accident stupide. Nous nous rapprochons encore plus, j’ai perdu ma fille de 20 ans en 1990.

Comme pour moi, cette déchirure en entraîne une autre…

Il veut divorcer. Nous en parlons souvent, j’essaie de le conseiller, mais le divorce s’obstine dans son histoire particulière, privée, intime.

De plus en plus dépressif, il est suivi médicalement. Il se réfugie dans le sport intense, la montagne, le VTT… Il est l’organisateur d’une grande manifestation sportive dans les collines de la Montagne de Lure. Il s’accroche magnifiquement.

Les relations avec sa femme se compliquent ; soutenue par la loi, elle veut s’approprier son travail immobilier. Ils en viennent aux mains, elle dépose plainte, il est emprisonné 3 mois…

Nombreux sont ceux qui lui tournent le dos ; je lui écris régulièrement et le soutiens.

Il va tenter de se reconstruire en vivant avec une autre femme et ses enfants. La procédure s’éternise, il sombre et met un peu de silence entre lui et moi.

Cet été, il me contacte, il veut me voir : « Tu m’avais dit que ce serait un marathon… » Je lui dis que je pars en voyage, et qu’à mon retour on mange ensemble.

Je reviens fin Août… Mon Gérard, mon cher ami, s’est jeté du haut d’une colline, si belle, si proche d’ici… Il est parti rejoindre son fils et s’éloigner de l’impudeur des sentencieux.

Le divorce, comme la mort, ne supporte pas l’intrusion d’étrangers au secret de l’intime.

Bonne Année 2017, à ceux qui sont convaincus que la dignité d’un couple ne peut s’exposer à quelque souveraineté, fût-elle judiciaire.

Bravo au Législateur qui consacre, ce premier Janvier, le « consentement mutuel » autonome, en même temps qu’il écorne la féodalité étatico-religieuse qui pèse sur les couples.

Guy Benon

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